Les nombres de Oleg Sentsov

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Le 7 décembre 2018, à Kiev, se déroula la première d’une pièce de théâtre particulière intitulée: les nombres. Cette pièce, au-delà de la performance artistique, est un acte de résistance pour la liberté d’un homme.

Elle a été écrite par le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov en 2011, bien avant son incarcération en Russie. Puis en 2014, depuis la prison russe de Lefortovo il la reprend et effectue quelques modifications. Au printemps 2018, alors qu’il est enfermé à IK-8, une colonie pénitentiaire située en Sibérie, un goulag de sombre renommée, et condamné à 20 ans de réclusion; il écrit de sa cellule à son amie et productrice Anna Palenchuk et lui demande de réaliser la pièce. Au même moment il annonce le début de sa grève de la faim.
Avec la réalisation de cette pièce, ses amis et proches collaborateurs voulurent donner de la force à Oleg Sentsov, et ainsi, faciliter son existence autant que possible en prison en lui permettant de s’échapper par la création, par l’esprit à défaut de ne pouvoir le faire physiquement. L’artiste à trouver là un moyen de s’échapper par intermittence aux barreaux de sa prison. Cette pièce est une mobilisation pour Oleg, un symbole de liberté et un acte de résistance à la censure.

Cette courte série d’images furent réalisé le soir de la première dans les coulisses du centre national Oleksandr Dovzhenko à Kiev.

L'histoire se déroule dans un vieux cirque qui a oublié sa raison d’être, les artistes du cirque n’ont plus de noms mais des numéros. Ils survivent en autarcie selon un ensemble de règles limitées formant un système absurde. « La performance des nombres concerne un monde qui a cessé de s'analyser et de se comprendre ... La perte d'intérêts et la soif de vivre, le désir que tout soit décidé pour vous, la conviction que ceux qui se tiennent plus haut - savent mieux - forment une histoire de survie humiliante. Le monde défiguré donne naissance à des héros défigurés », indique le programme. Cette pièce et son univers grotesque sciemment voulu par l’auteur se veulent être une allégorie de la société actuelle. « C’est l’histoire d'une société tombée dans le piège d'un régime dictatorial. La personnalité est tellement perdue que les gens sont même dépourvus de noms - seulement des numéros. Cela ressemble beaucoup à ce qui arrive à une personne en prison, n'est-ce pas? Parfois, un pays entier peut être emprisonné dans des cages psychiatriques ». Dans une certaine mesure, cette œuvre s’est révélée être une prophétie sur le destin de l’artiste et une caricature réfléchie de la société post-URSS actuelle.

Oleg Sentsov fût libéré le 7 septembre 2019 après 5 ans de détention dont 145 jours de grève de la faim. Il reçut le 25 octobre 2018 le prix Sakharov décerné chaque année par le parlement européen à des personnes ayant apporté « une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’Homme dans le monde ».