Nadejda, les oubliés de l’Europe

001 Nadejda Bulgarie Mai 2007 Gaelle Girbes

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Au centre de la Bulgarie, 20 000 personnes vivent parquées entre quatre murs, dépourvues de ressources, leurs droits les plus élémentaires bafoués. Nadejda est le plus grand ghetto rrom du pays, une survivance du passé dans l’Europe du XXIème siècle.
Les Rroms représentent le cinquième de la population de cette ville de 100 000 habitants. Nadejda existe depuis un siècle, mais les murs entourant le ghetto ont été érigés en 1960 par le gouvernement communiste de l’époque, afin de rendre ses habitants invisibles au reste du monde.
Lors de son accession au pouvoir en 1971, Todor Jivkov, secrétaire général du Parti communiste bulgare, déclare vouloir « procéder à l’unification définitive d’une nation majoritairement chrétienne, par l’éradication de la présence des minorités turques, musulmanes et gitanes du pays ». Sa politique de « bulgarisation » des minorités ethniques s’accompagne d’une révision de la Constitution, qui stipule que tous les Bulgares « deviennent égaux, de gré ou de force ». Aucune différence n’est plus tolérée. À partir de 1978, une loi non écrite mais connue de tous est appliquée par la Darzhavna Sigurnost, la police politique du régime. Elle interdit toutes relations « Bulgares ethniques et Gitans ».
Les Rroms n’ont plus le droit de parler leur langue, de jouer leur musique, de porter leur tenue traditionnelle. Ils doivent également oublier leurs métiers ancestraux, forgerons, musiciens, vanniers.
Leurs quelques livres sont brûlés et interdits. Ce peuple dépourvu de territoire et dont la tradition est principalement orale perd ainsi presque tous les éléments constitutifs de son identité.
Vingt-cinq ans après la chute du régime communiste, presque dix ans après l’entrée de la Bulgarie dans l’Union Européenne, rien n’a vraiment changé.
«Nous avons été oubliés du monde», me dit un homme en guenilles, assis dans une cave qui fait office de café. L’image est juste. Le quartier des « nus » de Nadejda est hors du monde, hors du temps. Les « nus » sont le nom qu’on donne à 5000 personnes qui s’entassent dans des baraques de tôles et de torchis. Un taudis traversé par des ruelles en terre battue où les enfants jouent entre les tas d’ordures et les flaques d’urine. Il n’y a ni eau, ni électricité, ni assainissement. Les Rroms nettoient leurs ruelles eux-mêmes avec des carrioles tirées par des chevaux. Pendant la journée, les parents vont fouiller les poubelles et les décharges afin de trouver de quoi nourrir leurs familles. Très peu d’habitants du ghetto ont un travail en dehors des murs de Nadejda. Le taux de chômage atteint les 80%.
Faisant l’objet de discriminations séculaires, la majorité des Rroms de Bulgarie n’ont au début du XXIème siècle accès ni au système éducatif, ni au marché du travail, ni aux soins hospitaliers.
En droit, l’hôpital est ouvert à tous ; dans les faits, il est fermé aux Rroms.
Tout comme le droit à l’éducation ou : très fréquemment les enfants Rroms se retrouvent placés d’autorité dans des institutions pour handicapés mentaux.
Citoyens bulgares en droit, ils sont de facto traités en parias.

Lors des manifestations du parti politique d’extrême-droite ATAKA ( Union Nationale Attaque), fréquemment les militants encerclent les ghettos Rroms pour s’en prendre aux habitants, au son du slogan : «Nous allons en faire du savon !». Depuis le 20 avril 2007, trois députés d’ATAKA siègent au Parlement Européen.
La Bulgarie a de longs antécédents de violations des droits de l’homme à l’égard des Rroms et le problème reste entier.
Ce reportage réalisé à l’intérieur de Nadejda raconte la vie de ce peuple, représentant 10 % de la population européenne, mais partout rejeté, sédentarisé de force, confiné dans des ghettos, et contraint à abandonner sa culture ancestrale.

 

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